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29 août 2010 7 29 /08 /août /2010 08:00

 

http://www.online-movies-free.com/movies/images/stories/Harry_Potter_and_the_Prisoner_of_Azkaban_poster.jpgPrévu initialement pour décembre 2003 me semble-t-il, Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban (HP3) marque un mini-tournant dans la saga.

 

Sur le plan purement technique, on dit déjà au revoir au réalisateur des deux premiers films Chris Columbus, qui préfère se retirer de l'aventure HP pour mieux s'occuper de ses enfants. Un choix qu'on ne regrettera pas vraiment puisqu'il cède la place à Alfonso Cuaron un réalisateur mexicain qui insuffle enfin la folie qui manquait cruellement aux deux premiers films, trop propres sur eux.

 

Ce grain de folie se retranscrit de plusieurs manières.

 

Premier point : les décors, dont certains changent du tout au tout. Le Saule Cogneur (l'arbre qui massacre la voiture volante dans HP2) n'est plus à la même place, la cabane de Hagrid se situe maintenant le long d'un colline escarpée... Ces changements dans des lieux clés, que n'auront pas manqué de remarquer les puristes des deux premiers films qui crieront au scandale et à l'incohérence, s'avèrent pourtant bienfaiteurs.

 

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En effet, le château de Poudlard apparaît enfin pour ce qu'il est : une vieille et immense bâtisse, grisâtre et poussérieuse. Les décors extérieurs sont aussi moins enchanteurs : l'abandon d'une pelouse verte et bien entretenue pour des collines escarpées et rocheuses où pullulent les mauvaises herbes permet enfin de rendre compte d'une chose primordiale qui n'avait été que peu abordée dans HP1 et HP2. Nous sommes au coeur de l'Angleterre, et les montagnes et collines évoquent enfin ce côté british (ou scottish), même si la saga a la nationalité américaine. Il aura quand même fallu attendre un réalisateur mexicain(!) pour opérer un retour aux sources salvateur qui ancre définitivement la saga dans l'univers que l'on s'était imaginé à la lecture des livres. Bien sûr, cela nuit à la cohérence de l'ensemble vu que ces varations n'ont en soi aucune raison d'être après HP1 et HP2. Mais on s'en fout, parce qu'enfin on sent la magie "potterienne". Le plus bel exemple est sûrement l'auberge du début du film où les chaises se rangent toutes seules, où un sorcier remue sa soupe sans toucher à la cuillère, ou encore ces inquiétantes affiches mettant en scène Sirius Black placardées dans tous les coins.

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http://www.posters.ws/images/912125/harry_potter_and_prisoner_of_azkaban_gary_oldman_as_sirius.jpgCela sent vraiment la magie, ou plutôt la sorcellerie à l'ancienne. Le sentiment en est renforcé par l'emploi d'une  musique qui, tout comme le film dans son ensemble, emprunte une voie plus sombre, plus expérimentale et plus sèche. Toujours composée par John Williams (qui livre ici sa dernière -et pas la moindre- participation à la saga HP), la BO est une petite merveille, où les nouveaux thèmes plus rares gagnent en beauté et en puissance, et surtout en indépendance (les BO de HP1 et HP2 étaient trop très proches de celles de Star Wars). Encore mieux : le fameux Hedwig's Theme se fait littéralement détrôner par le motif très médiéval de Double Trouble, auquel on a droit à toutes les sauces (en chanson, à la flûte...). Plus triste et mélancolique, cette musique sied à merveille à l'état d'esprit du héros du film (Harry, sans blague!) qui entre de plein fouet dans l'adolescence et n'hésite plus à braver les autorités sous le coup de la colère (son oncle, par exemple).

 

La caméra du réalisateur suit aussi cet exemple. HP3 fourmille en effet de plans assez bien foutus, mettant en valeur le château et ses alentours (la cabane de Hagrid, le pont suspendu, le village de Pré-au-Lard). La caméra semble aussi ne connaître aucune limite : elle passe à travers les vitres, les fenêtres, à l'intérieur d'une horloge... Constamment en mouvement, elle filme aussi des longs plans-séquences (ce qui change de la réalisation très paresseuse de Columbus).

 

Le changement intervient aussi au niveau vestimentaire, où l'uniforme des élèves de l'école se simplifie tout en se personnalisant selon les désirs de l'acteur qui le porte (selon les propos de la responsable des costumes). De même, les jeunes acteurs ont plus souvent l'occasion de ressortir leurs jeans et t-shirts.

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Petit point à mentionner qui a nui à la cohérence de la saga : le changement d'interprète pour le personnage de Albus Dumbledore, initialement interprété par Richard Harris qui décéda durant l'été 2002, et fut remplacé par Michael Gambon. Je crois d'ailleurs que c'est la raison du retard de la sortie de HP3 qui est passée de décembre 2003 à juin 2004 (sauf erreur). Michael Gambon compose d'ailleurs un rôle assez différent pour le directeur de l'école, qui devient un peu moins rassurant, plus foldingue, plus "hippie" et surtout plus vieillard.

 

Le reste du nouveau casting est assez sympathique. L'acteur caméléon Gary Oldman (qui jouera plus tard le commissaire Gordon le plus crédible du cinéma) se glisse dans la peau du fameux prisonnier d'Azkaban et sa tête de psychopathe hante littéralement tout le film (les affiches "Have you seen this wizard?"), tandis que David Thewlis incarne un Lupin usé mais rassurant, fidèle aux écrits de J.K. Rowling.

 

http://www.reelingreviews.com/harrypotterandtheprisonerofazkabanpic.jpgEgalement, et ce n'est pas plus mal, le trio d'acteurs incarnant Harry, Ron et Hermione cesse de faire les playmobils et si les trois ados ne savent toujours pas jouer dignement leurs personnages, le doublage français s'améliore quelque peu, ce qui aboutit à une considérablement diminution de l'envie de les baffer.

 

Je tiens aussi à m'attarder sur les effets spéciaux pour les différentes créatures du film. On commence déjà avec le très réussi Buck l'hippogriffe (la scène de l'envol est tout simplement, excusez le terme employé, magique! ; petite anecdote : on aperçoit même l'animal déféquer... original pour une créature réalisée en image de synthèse), avant d'embrayer sur le look des Détraqueurs (l'influence du Seigneur des Anneaux est évidente), êtres véritablement effrayants et traumatisants pour un jeune public.

 

Enfin, le gros point négatif de HP3 vient de son scénario. Il n'y a peut-être rien (ou pas grand chose) à dire sur le côté purement technique (HP3 est le plus maîtrisé de la saga), mais l'histoire a été sérieusement charcutée, et pas toujours comme il faut. Le scénariste Steve Kloves, qui avait opéré le travail d'adaptation (de transposition plutôt) pour HP1 et HP2 s'est rapidement rendu compte que, concernant HP3 et son pavé de presque 500 pages, il allait falloir trancher dans le vif. Si beaucoup de scènes emblématiques sont présentes (tante Marge, Magicobus, attaque du train, cours de Lupin...), elles s'enchaînent sans réelle transition entre elles, à l'exception de la péripétie finale très bien réalisée qui emmènera le trio de la Cabane Hurlante à l'Infirmerie, tout en voyageant dans le temps.

 

 

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/35/23/41/18375996.jpgHélas, et c'est bien le défaut principal non pas seulement de HP3 mais aussi de la saga entière : on ne parvient pas à oublier que ce sont des films tirés de livres, et qui s'adressent principalement à ceux qui connaissent déjà l'histoire. Si les intrigues de HP1 et HP2 étaient plutôt complètes dans leurs explications, elles étaient noyées par beaucoup trop d'éléments inutiles. Dans HP3, on semble appliquer la logique du tout ou rien : si on s'est bel et bien débarrassé de points assez dispensables, sont apparemment (et également) passées à la trappe des justifications essentielles quant à de nombreux sujets-clés (la Carte du Maraudeur et ses créateurs, l'apparition du Cerf...). Une initiative tout simplement inexplicable et curieuse, d'autant plus que HP3 dure à peine deux heures, et que cinq à dix minutes supplémentaires consacrées aux explications n'auraient pas fait trop de mal.

 

 

Au lieu de ça, HP3 sent trop fort l'inachevé au niveau de son scénario. Mais l'audace dont il fait preuve dans une réalisation nerveuse, dans une ambiance plus froide, dans des décors plus authentiques et dans une musique très atmosphérique font de cet épisode le plus réussi cinématographiquement parlant, celui qui a la plus forte identité, et définitivement l'opus que l'auteur de ces lignes préfère.

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commentaires

Margot 30/08/2010 17:13


Me revoilà à nouveau pr commenter. Alors voici celui que j'aime le plus entre tous les opus. Que ce soit en tant que film (même s'il y a des choses à redire) ou en tant que livre. Il est beaucoup
plus noir, moins nian nian pr les mômes... le I et II sont trop cucul la praline..ils s'adressent a un public de 10-15 (et plus certes).
L'ambiance du III est beaucoup plus sombre et nous plonge dans la terreur face aux détraqueurs, au magiciens psychopathes, et aux loups garous en chasse...
Les fondus de scènes rappellent l'ancien temps (si je puis dire). C'est assez déroutant mais ça donne un charme à ce film noir.