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17 septembre 2010 5 17 /09 /septembre /2010 08:00

http://www.dupuis.com/Couvertures/G/9782800123943-G.JPG Dédicace à Chewie, fan de Spirou.

 

Spirou, c'est un peu comme Tintin. Héros intemporel symbolisant tout ce qui se fait de plus pur, tant niveau physique que psychologique, on l'imagine mal virer du côté obscur ou encore fréquenter des femmes.

 

Et pourtant, à la différence de Tintin, Spirou fut un personnage amené à s'assombrir et à prendre du relief. Contrairement à Tintin, Spirou est passé entre les mains de plusieurs dessinateurs et scénaristes. Avec Tome et Janry, qui réalisèrent sûrement les meilleures aventures du héros (du tome 33 Virus au tome 46 Machine qui rêve), le rouquin constamment habillé de rouge subit l'évolution la plus intéressante et la plus marquée, que cela soit au niveau du dessin ou des histoires.

 

Après un tome 43 (Vito La Déveine) très axé sur le sex-appeal de Spirou et Fantasio, le tome 45 (Luna Fatale) met à l'épreuve le côté "célibataire endurci" du rouquin tandis que Fantasio photographie une femme nue et fricotte avec des mannequins, le tout sous fond d'ambiance mafieuse parodique mais assez violente pour l'univers "spirousien".

 

Le tome 46 va encore plus loin dans cet aspect résolument adulte qui lorgne fortement du côté du polar. En témoigne l'introduction très cinématographique (qui s'avère être en fait un film) évoquant brillamment Le fugitif.

 

http://www.dupuis.com/Planches/X/SPIROU-46-F-03.jpg

 

La suite n'en sera pas moins grave puisque, mis à part les premières pages au ton plutôt léger, quelque chose a inévitablement changé. Spirou et Fantasio ne sont plus des personnages aux gros nez. Spip n'est plus un animal qui soliloque (monologue). Seccotine en a marre qu'on l'appelle par ce pseudonyme ridicule et préfère son vrai prénom (Sophie). Le dessin se veut moins humoristique, plus fin et gagnant en réalisme, le plus flagrant étant le visage des deux héros.

 

http://www.coinbd.com/images/planches/spirou_t46.jpg

http://4.bp.blogspot.com/_-YLi7Uc0-qQ/SknYDuUymMI/AAAAAAAABYw/ldc1MFM1MoY/s400/soda.jpgTome et Janry franchissent une étape supplémentaire dans la progression du héros au sein d'un monde plus réel, lorgnant plus que jamais du côté de la BD SODA (un flic qui se déguise en pasteur) dont Tome a signé le scénario et dont le héros présente pas mal de similitudes avec Spirou (rouquin lui aussi), le tout dans un New York drôle, glauque et violent à la fois.

 

Le scénario en lui-même de Machine qui rêve n'a rien de particulièrement drôle et fait intervenir un laboratoire pharmaceutique recrutant des cobayes humains pour l'essai de nouveaux produits. La vérité est moins propre puisque certaines expériences semblent plus que douteuses, ce que découvrira Spirou à ses dépens. 

 

Le plus regrettable dans ce tome 46 est justement http://membres.multimania.fr/sandohsan/femmes/seco.jpgcette histoire qui, bien  qu'intéressante, est assez brouillonne puisque la résolution tient en très peu de pages. On sent que les auteurs ont souffert du format en 46 planches, d'autant plus que l'impression de bâclée et d'inachevée est assez présente quand on constate le rythme assez lent des première pages qu'on pourrait presque qualifier de contemplatives (le coup du chat et de la souris ne sert à rien).

 

Pour autant, la thématique de Machine qui rêve reste forte puisqu'elle symbolise la tentative de Tome et de Janry de réveiller le héros pour qu'il vive enfin dans la réalité, et pas dans un monde coloré de bande dessinée. A ce titre, les couleurs utilisées participent pleinement à l'ambiance. Que cela soit le contour des cases (noir) où l'éclairage qui lorgnent constamment entre le bleu et l'orangé, Machine qui rêve est extrêmement graphique.

 

Cependant, ce parti pris ne plut pas aux éditions Dupuis et aux fans qui trouvèrent cette dénaturation mal venue, tandis que les auteurs et partisans de ce nouveau style se défendront en arguant du fait que le lectorat de Spirou a grandi (le héros a aujourd'hui plus de 70 ans), que le monde de la BD a changé et qu'il est temps de faire évoluer le groom, un peu à la manière dont le fit Franquin avant que Fournier ne prenne la relève.

 

http://www.spirouworld.com/images/Image24.jpg

Tome et Janry avaient déjà commencé à concevoir une 47ème aventure dans l'esprit de Machine qui rêve. Ce tome aurait dû s'intituler Spirou à Cuba, mais il ne verra jamais le jour, bien que les premières planches aient déjà été montrées au public lors d'une exposition.

 

http://www.spirouworld.com/images/spirounew.jpg

Au final, ce tome 46 fait figure d'aventure à part. Une tentative de "grandir" le héros loin d'être désagréable, mais victime de son format en 46 pages ainsi que d'éditeur et de fans trop puristes. Cela constitue aussi la dernière aventure du "grand" Spirou par Tome et Janry qui se concentrèrent davantage sur Le Petit Spirou, avec le succès que l'on sait.

 

http://i40.tinypic.com/2zfkfhs.jpg

 

Le "grand" Spirou parviendra-t-il à s'en relever? A mon sens non. Les albums suivants, réalisés par d'autres auteurs, prennent quant à eux la mauvaise direction vers une évolution certaine : trop de couleurs, dessins simplistes et histoires faussement profondes.

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Citizen Cancre - dans BD-Mangas
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commentaires

Chewie 20/09/2010 19:56


Nous avons longuement discuté de ce Spirou toi et moi, aussi je ne vais pas en remettre une couche ici, l'échange était bien plus intéressant avec les réponses directes.

Sinon, j'ai lu le dernier... Et bof.