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30 octobre 2011 7 30 /10 /octobre /2011 11:00

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/64/08/55/19793130.jpgEn 1981 sort Les Aventuriers de l'Arche Perdue, premier épisode de la saga Indiana Jones, réalisé par Steven Spielberg et accessoirement l'un des meilleurs films d'aventures de tous les temps aux côtés du King Kong de 1933.

 

En 2011, Steven Spielberg, après plus de vingt ans de combat, sort Les aventures de Tintin : le secret de la Licorne, qui s'annonce vraisemblablement comme le premier épisode d'une saga basé sur la célèbre bande dessinée de Hergé.

 

Ce dernier l'avait d'ailleurs lui-même dit : seul Steven Spielberg pouvait réaliser Tintin, sous-entendu un film digne de ce nom. Car, entre une première adaptation foireuse du Crabe aux Pinces d'Or (un film en stop-motion avec des marionnettes), deux films live souffrant d'une fidélité telle qu'elle en devenait un handicap et deux long-métrages d'animation moyens, le célèbre reporter à la houppe n'avait jusque là pas fait l'objet d'un bon film à proprement parler. Seul trophée véritablement probant : la série animée de 1992, encore aujourd'hui une référence, mais qui reste avant tout une production spécifique au monde télévisuel et non à celui du cinéma.

 

Attendu depuis très longtemps, le Tintin de Spielberg a vu sa promotion réellement commencer il y a tout juste un an (novembre 2010) avec la publication d'un peu moins d'une dizaine de photos permettant de se faire une idée sur le graphisme général du métrage, vanté comme étant une transposition en trois dimensions du style de dessin inventé par Hergé (le procédé dit de "la ligne claire") à l'aide de la même technologie que celle utilisée dans Avatar (la motion-capture, qui retranscrit les mouvements des acteurs, le rendu final étant travaillé par la suite sur ordinateur).

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Puis vinrent les différentes affiches et le premier teaser courant mai 2011 avec enfin (!) le rendu final du visage de Tintin. Un véritable défi. Le personnage est visuellement très dépouillé (deux traits et deux points suffisent à caractériser ses yeux, son nez et sa bouche!) et les premières réactions sont relativement mitigées.

 


 

A cela s'ajoute la crainte du public de voir sur grand écran un Tintin américanisé, comme l'ont récemment été Les Schtroumpfs, et ce en dépit des deux grands noms attachés projet : Steven Spielberg (qu'on ne présente plus) et Peter Jackson (le réalisateur du Seigneur des Anneaux), deux des meilleurs cinéastes de leur génération qui ne cessent de clamer leur Amour pour la bande dessinée éponyme. Cet anti-américanisme est d'ailleurs encore présent aujourd'hui, renforcé par les bandes-annonces et spots TV qui ne promeuvent que l'action et les cascades spectaculaires (pléonasme) au détriment du réalisme, et transpire la plupart des critiques négatives faites à l'égard de ce premier épisode.

 


 

Ne parlons même pas de ce qui a fait le défaut majeur des précédents films sur le sujet : le scénario. Le débat a fait rage de nombreuses années sur s'il fallait écrire une histoire originale (Le Lac aux Requins, Les Oranges Bleues) ou bien reprendre à la lettre un album de la collection avec les modifications inhérentes à une adaptation au cinéma (Le Temple du Soleil). Ce fut à terme la deuxième solution qui prima mais quelque peu différemment : mélanger trois albums (!) et opérer les jointures avec des idées originales. De quoi faire hurler les puristes, en plus des "anti-américanistes".

 

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Alors, après première vision du film, qu'en est-il réellement ? Tintin s'est-il fait manger par les Américains, comme le laisse penser la pub à laquelle il prête ses traits pour McDonald's ou a-t-il réussi à éviter les nombreux pièges semés sur son chemin ?

 

Il y a une chose qu'on ne peut pas enlever au projet, c'est qu'il s'agit d'une grosse production américaine. C'est un fait, c'est officiel, c'est avéré. Mais ce n'est pas pour autant un mal. Après tout, les Européens ont eu leur chance avec leur héros et il n'est pas faux de dire qu'ils se loupent aussi souvent si ce n'est plus que les Américains. Si Le Petit Nicolas ou Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre sont des réussites, c'est oublier qu'on a aussi Gaston Lagaffe (oui, oui), Astérix et les Jeux Olympiques ou encore plus récemment Lucky Luke avec Jean Dujardin (!) à notre actif. Preuve en est que le succès ne tient pas forcément dans l'oeuvre adaptée ou dans le budget mais aussi la passion et la talent qui animent les gens qui travaillent dessus.

 

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/64/08/55/19785305.jpgEt assurément, Steven Spielberg et Peter Jackson ont du talent. On peut ne pas aimer leurs films pour de nombreuses raisons, il n'en reste pas moins que ce sont des techniciens hors pair. Tout comme on peut ne pas avoir aimer le Pocahontas Avatar de James Cameron mais reconnaître tout de même que l'univers visuel est impressionnant et que le Monsieur sait tenir une caméra.

 

C'est d'ailleurs sur ce point que nous allons ouvrir les hostilités sur le Tintin de 2011 : sa réalisation.

 

Une véritable claque visuelle. Le souci du détail, les couleurs châtoyantes, les éclairages variés, les grains de peau, les décors sortis tout droit d'une case dessinée par Hergé... On ne s'est pas moqué de nous et même si l'on est en droit de ne pas adhérer sur tous les points (le visage de Tintin ainsi que -et surtout- celui des Dupondt, obèses), il faut bel et bien reconnaître que tout ce petit monde prend vie de manière assez extraordinaire sous la caméra de Spielberg.

 

Le cinéaste nous gratifie à ce titre de plans tous aussi virtuoses les uns que les autres. On le savait à l'aise mais c'en est presque indécent de constater à quel point le réalisateur de E.T. s'amuse comme un petit fou avec ce qui s'apparentait, sur le tournage, à une GameBoy.

 

 


 

La technologie utilisée n'est pourtant pas nouvelle. Robert Zemeckis (Retour Vers Le Futur) est passé par là avec son Beowulf et son Scrooge. De même que James Cameron pour le compte d'Avatar. Mais Spielberg les coiffe tout simplement au poteau, ne volant définitivement pas son titre de meilleur artisan officiant actuellement à Hollywood sur un plan purement technique (le monsieur l'avait déjà prouvé pour son chef-d'oeuvre ultime que sont Les Dents de la Mer).

 

Ce statut permet d'ailleurs au film de s'autoriser quelques clins d'oeil fous que seuls les plus familiers sauront déceler.

 

En premier lieu, des hommages monstrueux à l'oeuvre d'Hergé dans son ensemble à travers un générique symbolique hérité (y compris musicalement) de Arrête-moi si tu peux (sorte de Tintin avant l'heure dans le fond) et débordant d'objets et de péripéties cultes de l'univers (la fusée, la boule de cristal, la course-poursuite dans et sur un train) ou encore l'appartement de Tintin et de ses coupures de journaux mises sous cadre. Sans parler de quelques péripéties guest-stars pendant le film (le whisky en apesanteur, un grand moment de On a marché sur la lune!) ainsi que du personnage gest-star suprême : Hergé lui-même (!!).

 

 


 

En second lieu, il y a l'auto-référence aux deux chefs du projet, à savoir Spielberg et Jackson. La palme revient surtout aux incontournables Dents de la Mer et ... Braindead, leurs premiers films respectifs. Ne gâchons pas le plaisir pour les plus avertis, ils sauront reconnaître les hommages le moment venu.

 

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Le tout transpire littéralement la volonté inconditionnelle de divertir tous les publics, même le plus connaisseur. Et surtout lui finalement. Et à ce titre, ce Tintin réussit largement à rafler la palette la plus large d'âge. Alors que le premier teaser laissait entrevoir ce qui s'apparentait à un véritable film noir (avec cette image de Tintin courant dans la nuit, revolver à la main) les suivants mettent en avant la comédie (avec les gaffes à répétition de Haddock et des Dupondt) et les cascades, le résultat ne volant pas sa réputation de grand spectacle pour 7 à 77 ans.

 


 

On retrouve à ce titre un best of assez bien concocté de l'univers de Tintin : l'humour bien sûr mais aussi le mystère, l'Aventure avec un grand A, les péripéties un peu grandguignolesques (le film ne les a pas toutes inventées, les BD en sont truffés) mais aussi un côté sombre extrêmement bien amené (la scène de Barnabé, de loin la plus violente mais présentée de manière assez "douce" à la manière des BD).

 

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L'action est aussi au rendez-vous, comme on pouvait s'en douter, à travers notamment trois scènes marquantes : l'hydravion (un grand moment de comédie), l'abordage de la Licorne (de la piraterie old school qui, pour reprendre l'expression d'un collègue, "ridiculise la saga Pirates des Caraïbes en deux séquences") et la poursuite en side-car (un peu too much mais on y reviendra).

 

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Sans parler, bien sûr, de la musique du film, composée par l'immensément grand John Williams. Ce dernier, en forme malgré ses presque quatre-vingts ans, livre une B.O. riche et inspirée comme à son habitude, regorgant de thèmes mémorables qu'on sifllote à la sortie de la séance. Entre une ouverture nostalgico-jazzy du meilleur effet, un thème à la Indiana Jones pour Tintin, une utilisation judicieuse de l'accordéon pour retranscrire l'ambiance européenne des années 30-50 et des pistes d'action endiablée mélangeant le tout à vitesse grand V, les béophiles tiennent entre leurs mains l'une des meilleures, si ce n'est la meilleure, musique de films pour l'année 2011.

 

 


 

Ainsi, pour le moment, on en arrive presque à un sans faute pour ce film extrêmement attendu. Toutefois, il faut bien chipoter un petit peu et revenir sur Terre : le long-métrage montre ses faiblesses dans sa deuxième partie. Et il n'est pas inintéressant de les montrer du doigt.

 

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Alors que la première partie mêlait habilement plusieurs albums de Hergé (Le Crabe aux Pinces d'Or et Le Secret de la Licorne en priorité), la deuxième s'oriente vers une originalité pure qui risque d'en déconcerter plus d'un. La symbolique en est sûrement la poursuite en side-car (héritée de Indiana Jones et la dernière Croisade), très impressionnante sur les plans technique et spectaculaire mais légèrement exagérée. Il en va de même pour le combat final et le dénouement un peu trop rapide.

 

La rapidité est d'ailleurs une qualité comme un défaut pour ce spectacle. Comme pour tout film d'aventures qui se respecte, le rythme joue un rôle très important. Et pour ce qui concerne ce Tintin, le rythme est assez (voire trop) soutenu pour ne pas s'ennuyer une seule seconde. Même dans les moments plus calmes, on reste ébahi par la richesse de l'image (exemple le plus flagrant : l'appartement du globe-trotter au 26 rue du Labrador) même si, toujours pour chipoter, cette sensation que tout va trop vite se fait tellement ressentir qu'on a l'impression que l'aventure se conclue avant même d'avoir commencé. Ce qui, avec le recul, n'est pas plus mal pour une saga... Après tout, il ne s'agit que d'une introduction prétexte à la rencontre Tintin/Haddock.

 

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En conclusion, ce premier épisode remplit honorablement son contrat. Il réconcilie déjà Tintin avec le cinéma (et ce n'était pas une mince affaire) et surtout il a su en capter l'essence pour la retranscrire fidèlement à l'écran sans tomber dans les pièges de l'adaptation. Ainsi, Tintin reste ce symbole de pureté et de niaiserie qu'il est dans la BD, sans attache et sans famille, et parlant à son chien, et non pas un être à qui un passé inapproprié est donné pour les besoins du film (contrairement au Lucky Luke de James Huth). On peut légitimement rire quand les critiques négatives se basent sur cet aspect récurrent de la BD pour décrier le spectacle...

 

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Ensuite, Spielberg et Jackson forment le duo le plus enthousiasmant de ces dernières années et on peut être rassuré de la suite qui sera donnée à ce spectacle tout public de grande qualité.

 

C'est Hergé qui doit être déçu de ne plus pouvoir aller au ciné.

 

 

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