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3 septembre 2011 6 03 /09 /septembre /2011 20:00

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/00/02/56/74/aff.jpgLes années 90 furent indéniablement l'apogée de Tim Burton (ne citons que Edward aux mains d'argent et Batman Returns pour s'en convaincre). Bien plus que durant les années 2000 qui lui furent financièrement très profitables mais artistiquement très déplorables (Alice au Pays des Merveilles, brrr...).

 

Ed Wood, sorti en 1995, fait partie des meilleurs films du réalisateur, et des plus personnels aussi. Retour sur un long-métrage qui regroupe les meilleurs atouts du cinéaste, à l'exception d'un seul (et encore, c'est à relativiser).

 

Autant commencer, justement, par cet atout manquant : l'absence de Danny Elfman, compositeur attitré du réalisateur. Les deux hommes se seraient en effet frités sur le tournage de L'étrange Noël de M. Jack. Résultat : Tim Burton fait appel à quelqu'un d'autre pour la B.O. de Ed Wood. Et pas n'importe qui puisqu'il s'agit de Howard Shore, celui à qui l'on doit ce monument musical qu'est la musique du Seigneur des Anneaux de Peter Jackson. Le bonhomme ne rougit cependant pas de la comparaison avec Danny Elfman et livre une musique diablement efficace, annonçant déjà les sonorités que Elfman utilisera pour Mars Attacks! (l'utilisation du thérémine, instrument dont le son symbolise à fond les OVNI).


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Mais surtout, pour comprendre l'utilisation du thérémine, il faut surtout se pencher sur le sujet du film. Tim Burton, amoureux du cinéma sous toutes ses formes (même les plus mauvaises), narre la vie de Edward Davis Wood Junior, dit Ed Wood, un jeune réalisateur dans le Hollywood des années 50. Ed Wood est surtout connu pour avoir été sacré, à titre posthume, "pire réalisateur de tous les temps". On l'appelle aussi le "père du nanar", le nanar étant un film tellement mauvais qu'il en devient involontairement drôle (à la différence du navet qui, lui, est mauvais et chiant).

 

Difficile de ne pas voir un parallèle entre Ed Wood et Tim Burton, deux jeunes cinéastes qui tentent d'imposer leur vision et leur art à des producteurs méfiants, le tout dans un univers ultra-codifié où la prise de risques rime souvent avec gouffre financier. Est-ce un hasard si le rôle principal est confié à Johnny Depp, alter ego à l'écran du réalisateur de Edward aux mains d'argent ? Sûrement pas.


De même, le film évoque l'amitié entre Ed Wood et un vieil acteur de films d'épouvante sur le déclin, Bela Lugosi. Il faut être aveugle pour ne pas remarquer que des liens similaires unissaient Tim Burton avec l'idole de son enfance, Vincent Price (également acteur de films d'épouvante), qu'il choisit pour interpréter l'inventeur de Edward aux mains d'argent.

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Tout comme Edward aux mains d'argent était une autobiographie à peine déguisée de l'enfance de Tim Burton, Ed Wood est l'occasion pour le réalisateur d'évoquer ses débuts dans le monde des grands. Et la symbolique continuera avec Mars Attacks!, qui est son Plan 9 From Outer Space (Plan 9 From Outer Space étant le film le plus connu de Ed Wood et qui traite d'OVNI), ainsi que Sleepy Hollow, hommage aux films d'épouvante de la Hammer (un studio britannique spécialisé dans les films fantastiques).

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Tim Burton fait donc du neuf avec du vieux (il tourne même son film en noir et blanc!), de la même manière que Quentin Tarantino travaille en reprenant les codes de la série B et des films de drive-in (Kill Bill et Boulevard de la Mort en tête). C'est du cinéma par les cinéphiles pour des cinéphiles. Pas forcément du grand cinéma tel qu'on l'entend habituellement mais du Cinéma-Hommage dans sa forme la plus pure, qui se traduit souvent par la capacité du spectateur à s'émerveiller pour quelque chose qu'il sait pertinemment faux. Un enthousiasme que tentera en vain de communiquer Ed Wood, persuadé qu'une canne à pêche et un plat à tartes suffiront à simuler une attaque de soucoupes volantes.

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C'est avec ce genre de yeux qu'il faut regarder le film Ed Wood de Tim Burton. Bien sûr, on peut s'en sortir autrement, en appréciant le jeu (et le physique) de Johnny Depp (une alternative dont Burton a tendance à trop user dans ses films récents, cf. Alice au Pays des Merveilles et Sweeney Todd).

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